COMBATTRE L’INSECURITE... OU LA CREER ?

Publié le par le desobeissant.


Encore une loi contre l’insécurité.
Stigmatiser les étrangers, les musulmans, les chômeurs, les victimes, les téléchargeurs illégaux, on devrait pouvoir théoriquement bientôt dormir en paix : la France sera vite nettoyée de toute cette « racaille » qui empêche le monde (et la France surtout) de tourner en rond.
Une fois déterminé ce qu’est « être français », il sera plus facile de cibler ce qui ne l’est pas. Va-t-on enfin obliger les chômeurs à travailler, mettre les victimes de la burka en prison, les musulmans dehors, les contestataires à la torture ?

La France a pourtant bien besoin de cet ennemi intérieur diffus qui « attaque » notre belle République. Ne serait-ce que pour s’attirer les voix de ceux à qui on a préalablement fait peur. Il serait cependant trop simpliste de la part d’un gouvernement à la dérive de frapper trop fort d’un coup, car l’ennemi n’est ni assez nombreux, ni assez fort.
Tandis qu’avec la mise en place de certaines des lois en préparation actuellement, le gouvernement se met dans la position des Etats-Unis après l’invasion de l’Afghanistan : la création, par l’intermédiaire d’une politique agressive et de présomption de culpabilité indistinctement ciblée, des ennemis qui justifieront l’application, puis le renforcement des lois sécuritaires justement créées contre ces derniers..

En augmentant de manière exponentielle le nombre de gardes à vues, en pratiquant la dénonciation publique des bavures policières, en mettant en place des lois où chaque individu se sent potentiellement concerné, l’Etat instaure peu à peu un climat de méfiance généralisée, une sorte de présomption de culpabilité permanente et applicable à n’importe qui.

Face à la crise sociale et économique qui met les nerfs à vif, les populations stigmatisées, autant que les populations désespérées, vont rechercher les coupables de tous leurs maux, et se tourneront vite vers des coupables désignés…par le gouvernement, et même parfois contre le gouvernement lui-même.

De la même manière que les fonctionnaires vont voir leurs avantages réduits à néant par la concurrence avec ceux qui souffrent dans le privé, le gouvernement est en train d’attiser les braises de révolte qui naissent un peu partout. On pourrait croire que la montée de la colère sociale est un échec pour le gouvernement, ou que la médiatisation de certains conflits sociaux montre l’intérêt que portent les médias au sort des malheureuses victimes de la crise… mais il n’en est rien. Le but est de faire peur à ceux qui possèdent, et de mettre en colère ceux qu’on rend coupables de tant de maux.

Ensuite, et à force de tirer sur cette corde, ce n’est pas seulement des bulletins de vote que recherche le gouvernement, mais un ennemi plus global, plus fort, plus coupable en quelque sorte. Pour peu que certains se révoltent pour de bon, et après que se soient produits quelques débordements bien mis en scène médiatiquement, personne ne trouvera bon de remettre en cause les lois et les annonces responsables de cette augmentation des violences ainsi créées. Tous diront à quel point elles sont inefficaces, et qu’il en faut de plus dures.

Enfin, pour parvenir à l’établissement d’un gouvernement stable et pérenne, on peut très bien envisager ce qui suivra : deux camps se trouveront assez bien dessinés, et on pourra vite instaurer le célèbre « celui qui n’est pas avec nous est contre nous ».
Il y aura alors les gentils d’un côté, et les méchants de l’autre. il n’y aura qu’à recréer des camps de travaux forcés, faire de la surveillance permanente, organiser la délation, et reprendre la jeunesse en main.
Et si tout cela marche bien, dans quelque temps nous aurons notre guerre, et les usines fonctionneront à nouveau : tout le monde sera content.

Publié dans France

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