Crise de la dette ? Non le pillage des nations ! 3ème partie

Publié le par le desobeissant

Le New York Times à fait le point en début d'année sur les dettes à échéance en 2012. 3000 milliards de dollars pour le Japon, 2800 pour les Etats-Unis. Du côté européen, l’Italie en aura pour 428 milliards, la France 367, l’Allemagne 285. Le dette canadienne est de 221 milliards, celle du Brésil de 169 et du Royaume-Uni de 165. La Chine n’aura que 121 milliards à échéance en 2012, l’Inde 57, et la Russie, loin derrière, avec 13 milliards. Soit un montant de la dette mondiale à échéance 2012 s’élevant à 7600 milliards de dollars. Et les taux d’intérêts s’envolent. Et à chaque échéance, de nouveaux plans d'austérité sont annoncés.

poids-de-la-dette-2-8d540-1-.jpgIl est indéniable que les peuples subissent une agression d'une violence inouïe remettant en cause les fondements même de la civilisation humaine.

 Contrairement à ce que nous racontent les hommes politiques et les commentateurs, la crise de la dette n'est pas derrière nous, ni sur le point d’être surmontée. Il ne s'agit pas de postuler au rôle de Cassandre mais d’être lucide sur le déroulement futur de la crise de la dette.

En ce mois de mai 2012, personne n'est en mesure de dire quand le système économique mondial va s’effondrer, dans six mois, dans deux ans, personne ne peut le prédire, comme personne ne peut prédire d'où viendra l'élément déclencheur de la panique généralisée qui emportera les bases mêmes du système économique mondiale. Cela viendra-t-il de la faillite des États-Unis ? N'est-il pas légitime de le penser ? Qui peut croire que la dette grecque avec ses ''malheureux'' 350 milliards d'euros de dette serait le détonateur alors que la dette publique américaine est de 16 000 milliards de dollars.

Si une nation capitaliste majeure fait défaut, l'onde de choc sera dévastatrice, c'est pourquoi le capitalisme financier tente désespérément de retarder les échéances (au propre comme au figuré) en liant le sort des peuples à la survie du système capitaliste à bout de course.

Les commentateurs médiatiques aux ordres de la Troïka pérorent sur la nécessité de réduire les déficits budgétaires, autrement dit de casser nos droits à la santé, à la retraite, de diminuer le nombre de fonctionnaires, de privatiser les services publics, de faciliter les licenciements, tentant ainsi de faire croire que nous sommes collectivement responsable de cette dette parce que nous vivons trop longtemps, que nous nous soignons trop, que nous avons trop de services publics, trop d'enseignants, trop d'infirmières. En définitive, à entendre les commentateurs aux ordres et les dirigeants politiques, la dette publique des nations trouverait son origine dans une politique trop protectrice des états et qu'en conséquence il faut accepter de nouveaux sacrifices, une austérité encore plus grande pour réduire les déficits budgétaires.

Mais rien n'y fera, la ''Grande Crise'' est devant nous.

Les gouvernements aux ordres de la Troïka auront beau continuer de sabrer dans les budgets sociaux, l'inéluctable catastrophe aura lieu quels que soient les sacrifices imposés aux peuples.

Face à cette dictature de la dette, le peuple laborieux et ses organisations politiques et syndicales n'ont d'autre alternative que de mettre au centre de leur combat l'annulation de la dette, du MES et du TSCG.

Une seule certitude donc, nous devons tout mettre en œuvre pour préserver les conquêtes sociales que nos aïeux ont arraché par la lutte car cette dette n'est pas notre dette, les seuls responsables étant à chercher du coté de ceux qui ont grassement profité du financement de l'économie parasitaire d'armement des USA par la planche à billets.

C'est ce que les deux premières parties (1) (2) de ce texte consacré à la dette tentaient de démontrer en mettant l'accent sur le mécanisme économique ayant aboutit à la crise de la dette qui entraîne l'humanité toute entière à la catastrophe.

Explosion de la dette dans les pays capitalistes dominants à partir des années 1980.

Pourquoi et comment ?

Jusqu'au début des années 1970, l'essentiel des ressources de ces états proviennent principalement de la fiscalité (directe et indirecte). Lorsque les recettes fiscales ne suffisaient pas, les caisses de la banque centrale étaient sollicitées. C'est à cette période que le financement budgétaire auprès des banques centrales commence à être limité pour disparaître peu à peu avec la mise en place de ''l'indépendance'' des banques centrales.

Les gouvernements des pays capitalistes dominants contraignent par la loi et les règlements les états qu'ils dirigent à se financer auprès des marchés financiers dominés par le capital financier américain au moment même où Nixon rompait la parité or-dollar et que d'énormes quantités de capitaux fictifs créés aux USA dans la période précédente vont devoir trouver coûte que coûte des nouveaux champs de ''valorisation''.

C'est dans cette '' trahison '' des nations au seul profit des marchés financiers dominés par le capitalisme financier états-unien que se situe l'origine première de l'explosion de la dette publique dans les pays capitalistes dominants.

Mais pour justifier le besoin de financement des budgets nationaux auprès des marchés financiers, il fallait au préalable créer cette nécessitée en créant de toute pièce des déficits par la réduction des recettes budgétaires. C'est à quoi vont se livrer les différents gouvernements en mettant en place de substantielles diminutions d'impôts et d'exonérations de charges sociales au seul profit des capitalistes, liées à la réduction des dépenses budgétaires en sabrant dans le social et les services publics.

Il s'agit en permanence de diminuer le coût du travail, autrement dit la valeur de la force de travail. Pour s'en convaincre, il faut se souvenir que la part des salaires à diminué de 11 % en 25 ans dans le PIB soit annuellement 200 milliards d'euros détournés des salaires et sur-salaires et qui ont profité aux spéculateurs.

C'est donc un mécanisme d'une perversité et d'une efficacité redoutable qui se mettra graduellement en place à partir des années 1980 pour permettre aux énormes masses de capital inemployés à trouver de nouveaux champs de '' profitabilité'' :

1) mise en place de ''l'indépendance'' des banques centrales

2) contrainte par la loi et les règlements du financement des états auprès des marchés financiers

3) création artificielle de déficits budgétaires par réduction d'impôts et exonérations

4) emprunts auprès des marchés financiers pour combler les déficits budgétaire créer artificiellement

5) réduction des dépenses budgétaires en sabrant dans le social et les services publics afin d'honorer la dette souscrite auprès des marchés

Mais arrivé à ce stade, la remise en cause des conquêtes sociales se heurte à la résistance des travailleurs (en France le souvenir de la grève de 95 est encore vivace) et se conjugue avec la spéculation sur les taux d'intérêts et les délocalisations massives avec comme conséquences

6) de nouveaux emprunts pour honorer les échéances et les intérêts des emprunts précédents

S'ensuit une course mortelle entre les emprunts successifs destinés à honorer les échéances et les plans successifs de destruction des conquêtes sociales et des services publics destinés à diminuer les dépenses budgétaires. D'autant augmente la dette, d'autant augmente la férocité des plans successifs d'austérité faisant supporter aux seuls peuples laborieux la réduction des déficits budgétaires.

La dette gonfle la dette.

Il faudrait faire preuve d'un angélisme béat pour croire un seul moment que les marchés financiers, avec la complicité des agences de notation, ne poussent pas les taux d'intérêts à la hausse afin d'obtenir le maximum d'intérêts.

Les marchés financiers, ayant déniché la poule aux œufs d'or, entendent bien rentabiliser au maximum la dette des états. L'intérêt de la dette devient un produit spéculatif qui se négocie sur les marchés des millions de fois avant son échéance. La spéculation sur les taux d'intérêts amplifie l’explosion de la dette.

La dette mondiale est estimée à 90 000 milliards-euros dont 45 000 milliards-euros pour la dette publique.

Mais le marché de la dette (il s'agit bel et bien d'un produit spéculatif) représente environ la moitié du marché mondial des capitaux et surtout il est à la base d'un autre marché, celui des taux d'intérêts sous la forme de produits dérivés, dont le montant total était estimé à 452 000 milliards-euros en juin 2010.

Le seul marché des taux d'intérêts de la dette représente 5 fois le montant total de la dette mondiale et représente 80% du marché mondial des produits dérivés !

On ne peut douter que l'éclatement de la bulle spéculative de la dette balayera l'économie mondiale.

Les taux d'intérêts constituent désormais la question centrale de l'économie mondiale.

Or les taux d'intérêts conditionnent le niveau de ponction des recettes futures des états, dés lors que les recettes diminuent, les états doivent emprunter de nouveau pour payer les intérêts arrivés à échéance. Ces emprunts s'ajoutent au montant de la dette ancienne et la gonfle par effet boule de neige. Deux exemples déjà cités illustrent parfaitement les conséquences de ce mécanisme mortifère : en 2012 la Grèce doit rembourser 52 milliards d’euros dont 17 milliards d’intérêts soit le tiers et 35 milliards d’obligations parvenues à échéance ! En 1995, la dette fédérale canadienne était de 543 milliards dollars canadiens en date du 31 mars 1995, dont 487 milliards dollars d'intérêts composés.

À cette dette fabriquée artificiellement s'ajoutent, depuis 2007, les plans massifs de sauvetage des banques, combinées aux pertes fiscales dues à la récession, qui ont accru l'effet boule de neige.

La dette publique de l'union européenne est passée de 7300 à 8300 milliards d'euros entre 2007 et 2009.

Le payement de l'intérêt de la dette est devenu le principal facteur du gonflement de la dette, similitude parfaite avec le mécanisme de la dette des pays '' dominés '' lors des années 80.

Cet accroissement exponentiel de la dette à une limite : la faillite des états. Cette dynamique mène forcément à une impasse. Le capitalisme mondial est aujourd’hui au fond de cette impasse, nez à nez avec le « mur de la dette ».

Pour prendre une image, la dette est au capitalisme ce que la morphine est au malade condamné. En y recourant, le souffrant surpasse momentanément ses crises, mais peu à peu, la dépendance à ces doses quotidiennes augmente. Le produit, dans un premier temps salvateur du système, devient à son tour nocif… jusqu’à l’overdose !

Le système de la dette, nouvel eldorado pour les marchés financiers en mal de placements profitable, a permis de reculer les échéances portées par les contradictions insurmontables du capitalisme, a atteint ses limites et l'accumulation exponentiel de la dette in-remboursable inquiète les marchés financiers qui demandent davantage de taux d'intérêts, mettant les états à genoux qui vont à leur tour sabrer encore plus dans le vif les conquêtes sociales.

La dette devient l'argument par excellence pour attaquer toutes les conquêtes sociales, véritable arme de destruction massive des forces productives et de la civilisation humaine.

Au risque de se répéter, la dette ne résulte ni d'une quelconque dérive, ni d'une mauvaise gouvernance du système capitaliste, et encore moins des conséquences des conquêtes sociales.

La crise de la dette n'est que la conséquence de la tentative de survie d'un système parasitaire qui précipite l'humanité vers une issue fatale. Seule la classe ouvrière est en mesure d'en libérer l'humanité, à commencer par combattre pour l'annulation de toutes les dettes, l'annulation de tous les textes maastrichiens ainsi que le MES et le TSCG.

La position adoptée par Alexis Tsipras, dirigeant de la coalition Syriza (arrivée en deuxième position lors des élections grecques), qui a refusé de participer à un gouvernement qui appliquerait le mémorandum de la Troika va dans ce sens !

À suivre....

Chapoutier

 

Source :Agoravox

 

 

Publié dans Economie

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