Crise de la dette ? Non un système social à l’agonie ! 1ère partie

Publié le par le desobeissant

« La crise de la dette », expression mise à toutes les sauces pour justifier la destruction de tous les acquis sociaux arrachés par des décennies de combat du peuple laborieux, puisque l'origine de la dette serait d'après, les experts autoproclamés, la « surconsommation des états, des services publics, de la protection sociale et des particuliers.

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D'après ces mêmes experts il faudrait en conséquence réduire les déficits budgétaires par la réduction du nombre de fonctionnaires, par la réforme de la sécurité sociale et de la retraite, en facilitant les licenciements des salariés du privé trop protégés par le code du travail et les conventions collectives, bref, en détruisant l'ensemble des acquis sociaux arrachés par les travailleurs.

Il s'agit là d'une mystification tentant d'accréditer l'idée que la « résorption » de la dette est une cause sacrée dans laquelle tous doivent s'engager sous peine de voir disparaître le modèle sociale que nous connaissons.

Cette crise qui déstabilise en profondeur l'économie, les institutions, les gouvernements, est-elle vraiment la crise de la dette ? Serait-elle fondamentalement différente, par sa nature, de toutes les crises précédentes ?

Si la dette française est le résultat de la surconsommation d'un état protecteur, comme le répètent à l'envie les pseudos experts, quand est-il des USA dont dette est dix fois supérieur à la dette française ?

Aucun expert ne pourra prétendre que la dette américaine est le résultat des dépenses d'un état socialement protecteur.

La crise de la dette n'est pas une exclusivité des pays riches ou pauvres, protecteurs socialement ou pas du tout, elle touche l'ensemble des nations, et partout les pseudos experts et les gouvernements aux ordres du capital international préconisent les mêmes remèdes : tailler dans le vif des nations, privatiser les services publics, renforcer les exonérations patronales, licencier les fonctionnaires, baisser les salaires, augmenter la précarité.

En juillet 2011, en pleine crise grecque, les porte-paroles de l'impérialisme américain ont exigé que les gouvernements européens prennent des mesures urgentes pour éviter « que la crise se propage de la périphérie de l'Europe ( la Grèce) vers le centre, et de là vers le reste du monde ». Malgré ces exhortations, la crise n'a cessée de se propager et d'amplifier.

Cette crise de la dette n'est-elle pas au contraire la démonstration de l’exacerbation de la décomposition du système capitaliste fondé sur la propriété privée des moyens de productions ?

La crise de la dette qui n'est pas celle des peuples ne saurait justifier que les peuples et le mouvement ouvrier soient subordonnés au remboursement de la dette ou à la résorption des déficits budgétaires qu'elle génère. Mais encore faut-il cerner les mécanismes de la dette.

Qu'est-ce qui distingue la crise actuelle ?

La crise actuelle se distingue des précédentes par le volume jamais atteint de la dette publique, généralisé à l'ensemble des états, y compris les plus puissants. La dette publique mondiale, est de plus, concentrée entre les mains de détenteurs privés (fonds de pensions, banques etc), lesquels imposent des taux d’intérêts exorbitants, créant donc une situation où le paiement des intérêts de la dette devient impossible pour la plupart des états concernés. Il en découle que des nations souveraines sont à la merci d'investisseurs privés, lesquels investisseurs privés agissent envers les états endettés comme n'importe quel banquier envers une famille ouvrière endettée, qui vendant à l'encan les bijoux de familles, qui privatisant les services publics. Arrivé à ce stade, la dette et le système de crédit qui l'a engendrée apparaissent à juste titre comme un instrument de mort et de destruction. En particulier de destruction massive de la classe ouvrière, par le biais notamment de la destruction des forces de productions.

À l'origine de la dette, le crédit.

Comme décrit ci-dessus, la crise de la dette résulte de l'impossibilité grandissante pour les nations de rembourser le crédit et ses intérêts usuriers. Depuis principalement la crise grecque, il devient indiscutable que le remboursement de la dette et de ses intérêts devient un instrument de mort et de destruction des forces productives. (Les forces productives regroupent les instruments de la production, la force de travail des hommes, les objets du travail, les savoirs et les techniques en vigueur, l'organisation du travail).

Mais il n'en pas été toujours ainsi. Avant d’être un outil de destruction, le crédit à jusqu'à une certaine époque contribué au développement des forces productives.

Le crédit à permis dans une certaine mesure l'accroissement des forces productives

Le crédit est né du système des traites entre commerçants et producteurs. Puis il est devenu un système de crédit entre capitalistes portant sur le règlement des marchandises. Mais avec le développement du système capitaliste, le crédit s'est transformé. Du crédit à court terme, on est passé au crédit à long terme pour financer les investissements capitalistes : achat de machines, création d'usines, d'infrastructures etc etc.

Donc au 19ème siècle et jusqu'à une certaine époque , le système de crédit a permis de développer les forces productives en finançant les investissements et cela tant que le capitalisme se trouvait dans une phase d'expansion et d'extension du marché mondial.

Dans ce cadre, le crédit assurait pleinement le rôle dévolu au capital : produire de la plus-value, sous la forme d'intérêts à percevoir, en anticipant la création de valeurs non encore produite et leur écoulement sur le marché.

Mais l'anticipation de création de valeur comportait déjà le risque que la valeur ne se réalise jamais. Le 19ème siècle est émaillé de crises cycliques plus ou moins graves, de faillites bancaires, d'investisseurs ruinés. Ces crises découlaient d'une part de la lutte incessante entre capitalistes pour la domination du marché mondial, d'où la nécessité d'imposer des conditions effroyables au peuple laborieux pour en extorquer le maximum de plus-value et d'autre part, de la lutte des travailleurs pour un meilleur niveau de vie.

Mais dans le cadre du marché mondial en expansion, le capitalisme était à même d'absorber jusqu'à un certain point le résultat de la lutte des classes en les répercutant dans la croissance escomptée.

Avant de se transformer en force destructive

Aujourd'hui la planète entière est soumise au marché, le capitalisme ne peut plus se développer par la conquête de nouveaux marchés, la guerre fait rage entre capitalistes transnationaux concurrents pour s'imposer exclusivement.

Des masses gigantesques de capitaux ne trouvent plus à s'employer dans les conditions normales de l'exploitation capitaliste. Par des moyens artificiels, la classe capitaliste se doit de dégager des nouveaux champs de profitabilité.

L'industrie du crédit et donc la croissance exponentielle de la dette qui en découle est devenue aujourd'hui l'un de ces principaux moyens. Son déploiement à cette échelle disloque l'économie mondiale car il faut « inventer » des champs nouveaux pour l'investissement de capitaux en mal de profitabilité, il faut créer le besoin de crédit au delà des limites « acceptables » pour aboutir en définitive aussi bien à la crise des « subprimes » que à l'endettement des états au delà des limites supportables. Mais cette extension sous toutes ses formes de l'économie du crédit et de la dette entraîne des conséquences immédiates sur les conditions mêmes d'existence des masses laborieuses, autrement dit sur les conditions de l'exploitation de la force de travail.

Pour bien s'en convaincre, il ne faut pas perdre de vue que les intérêts de la dette ne sont que des prélèvements par anticipation sur la plus-value extorquée à la classe ouvrière.

Garantir coûte que coûte le retour sur investissement implique que les conditions d'extorsion de la plus-value soient aggravées dans des proportions considérables et que les activités de production insuffisamment rentables soient impitoyablement éliminées.

C'est ainsi que par la remise en cause de la valeur du travail, par la baisse des salaires (précarité etc), la remise en cause des conventions collectives, des statuts, par les délocalisations, la désindustrialisation, que le gonflement de l'économie de la dette a aboutie à la situation actuelle.

Ce système du crédit qui à permis dans un premier temps l'accélération du développement matériel des forces productives, s'est transformé aujourd'hui en un système qui accélère la destruction matérielle des forces productives et la dislocation du marché mondial. Et, au premier rang de la destruction en masse des forces productives, la principale d'entre elles : la force du travail du prolétaire.

Chapoutier

 

Source :Agoravox

 

Publié dans Economie

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