Il faut dépénaliser le cannabis

Publié le par le desobeissant

0 cannabis[1]La France est le pays où la législation contre la consommation de cannabis est la plus dure d’Europe.

Et aussi celui où la consommation est la plus forte chez les adolescents.

Tentez d’y comprendre quelque chose ! Cela signifie au moins que la prohibition ne marche pas. Des décennies de guerre policière et judiciaire n’ont pas changé la donne.

Depuis quelques temps des politiciens français reposent ouvertement la question de la prohibition : est-elle encore justifiée ou faut-il réviser totalement la politique en la matière ? Politiquement, proposer la fin de la prohibition n’est pas très rentable : 63% des français y restent opposés. Cela n’empêche pas que ce soit la drogue la plus consommée. Selon la SOFRES, « au moins 10 millions de français l'aurait déjà essayée. 75% des jeunes scolarisés y auraient goûté. 6 personnes sur 10 interpellées pour possession de drogue le sont pour du cannabis. »

Les principaux partis politiques sont soit opposés, soit divisés. Ainsi la droite reste farouchement ancrée à la prohibition, laissant craindre un désastre sanitaire si cette prohibition était levée. Le cannabis étant lié au trafic et à la délinquance, la droite se veut rempart contre l’insécurité et ne peut donc se déjuger. Quand les sondages montreront que 63% des français sont pour la dépénalisation ne doutons pas que cette droite y deviendra favorable. Le courage en politique est proportionnel aux sondages. Pourtant, au nom de la liberté individuelle, cette droite devrait soutenir la dépénalisation. La gauche est divisée. Les anciens baba cool, qui sont probablement plutôt à gauche qu’à droite, trouvent leurs représentants politiques trop frileux.

Toutefois je doute qu’il y ait forcément plus de fumeurs ou anciens fumeurs de cannabis à gauche qu’à droite. Cette plante traverse les clivages. Comme l’alcool.

Un débat de plus sur le cannabis ne sera probablement pas moins émotionnel et irrationnel que les précédents, avec des volées de peurs et de chiffres inexacts. Mais devant les inconvénients évidents de la prohibition il faut remettre la compresse.

Les inconvénients ? Les risques sanitaires, d’abord. Car les produits illégaux sont les plus forts et les plus dangereux. Les pertes économiques ensuite et le fait d’enrichir les organisations criminelles. Enfin le fait de créer des ghettos culturels liés à la transgression valorisante de l’interdit. On pourrait ajouter que cette prohibition est même anachronique, tant l’évocation publique, sur les médias télévisuels par exemple, suscite l’expression complice et amusée des personnes interrogées. Le cannabis ne fait pas peur, parce que beaucoup de personnes l’ont testé, consommé, et n’en ont eu aucun effet pathologique.

Cela ne signifie pas qu’il est inoffensif. Toute drogue : alcool, cannabis, médicament, tabac, peut avoir une dangerosité. L’absence de tout contrôle sanitaire ne peut qu’augmenter les dangers liés soit à la nature de la substance elle-même, soit à une consommation addictive, et cela sans pour autant en diminuer la consommation.

Les avantages de la dépénalisation ? Il faut d’abord tordre le cou à deux mythes : l’expérience tant au Portugal qu’aux Pays-Bas montre clairement que la consommation n’augmente pas avec la libéralisation. Au Portugal elle a même plutôt baissé en 10 ans. D’autre part le passage du cannabis aux drogues plus agressives ne se produit pas. L’autorisation de la fumette n’incite pas à passer à la cocaïne ou à l'héroïne. Sur ces deux points les opposants ont totalement tort. La question de la dépénalisation est donc beaucoup plus politique, voire électoraliste, que sanitaire.

Il y aurait des avantages très probables voire certains à la dépénalisation. D’abord, le contrôle du produit. Comme pour l’alcool, l’Etat aurait un droit de regard sur ce qui est mis à disposition des consommateurs. Ensuite l’Etat gagnerait de l’argent pour soigner les addicts, au lieu d’en jeter par la fenêtre dans une guerre déjà perdue et dans le suivi sanitaire des consommateurs déraisonnables. Il pourrait financer de solides et intelligentes campagnes de préventions. La plante s’acclimatant très bien en France comme en Suisse elle pourrait être cultivée sur place et enrichir la paysannerie.

Enfin on tarirait probablement d’une des sources de financement de la grande et petite criminalité.

Ce genre de débat choque, et certains pensent qu’il n’est pas utile de proposer une drogue de plus quand les dégâts de l’alcool sont déjà si graves. Cette position est sensée. Mais pas pragmatique. Les drogues de toute nature ont toujours accompagné la marche des sociétés. L’interdit ne les a jamais éradiquées.

Le rejet et la charge émotionnelle contre le cannabis ne servent au mieux qu’à se donner bonne conscience, mais ne changent rien à la réalité du terrain. Mieux vaut donc, d’un point de vue pragmatique, gérer et contrôler que subir.

En résumé la dépénalisation se justifie à cause de la guerre perdue contre le trafic et de la dangerosité sanitaire et sociale d’une situation que l’Etat ne contrôle pas. Elle se justifie aussi par les gains sanitaires, économiques et policiers qu’elle laisse supposer.

Source :Agoravox

 

 

 

 

Publié dans France

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