Karachi, Korruption et Konsorts 2/3

Publié le par le desobeissant

Mercor panama-55028[1](2ème Partie)

Tais-toi et ne nage plus ! Nous ne craignons plus les requins, nous traversons les mers et océans en submersibles à propulsion anaérobie jusqu’aux rives du Pakistan. 

Les 3 sous-marins ont été fabriqués et livrés. Le premier le 14 août 1999, le second le 13 décembre 2003, le troisième le 27 septembre 2008. Le résultat de cette brillante négociation est une perte nette supérieure à 76 millions € épongée par le contribuable. Elle est inférieure au montant des commissions versées. Celles effectivement distribuées à Sofma et Mercor sont établies, en 1998 selon le rapport de M.Porchier pour le contrôle général des armées, à un montant total d’environ 550 millions de francs soit environ de 84 millions €. C’est-à-dire environ 10,16% du contrat Agosta. Du moins c’est le chiffre approximatif cité de mémoire par Monsieur Porchier à la mission parlementaire, celle-ci n’ayant pas eu accès « secret défense » au rapport, oblige devra s’en contenter. 

Libération observe le 26 octobre 2010 : « À partir du mois de janvier 1995, trois mois avant le premier tour, la fourniture des sous-marins générait pour 165 millions de francs de commissions occultes au profit d’une société panaméenne, Mercor Finance. Celle-ci, imposée par les balladuriens, n’a produit aucun travail sérieux pour cette opération commerciale, selon des pièces et des témoignages remis il y a peu aux enquêteurs financiers par l’un des hommes clés de cette affaire, Emmanuel Aris. » Ce cadre coordonnait l’ensemble des versements de commissions pour la (DCN). De quel « premier tour » s’agit-il Libération ne l’explique pas mais il pourrait s’agir du second versement prévu 6 mois après la signature selon M. Menayas. 

Bien entendu Monsieur Takieddine réfute toute participation à cette affaire. Le fait est que les paiements de cette commission ayant transité par la SDI Heine SA, aucun document ne prouve l’envoi des fonds à Mercor pas plus qu’un acte n’atteste que Ziad Tadiekkine représentait cette société panaméenne, laquelle est bien enregistrée au Panama sous l’intitulé Mercor Finance inc. Elle n’apparaît pourtant pas dans les annuaires téléphoniques. En revanche, il existe plus près de nous, en Allemagne, à Amberg (Bavière) une société anonyme Mercor Finanzenvermittlung. Josef Blank avec pignon sur rue qui pourrait aussi correspondre à cette appellation et posséder une filiale panaméenne. 

A ce sujet, Libération précise que : « Emmanuel Aris, le 28 juin dernier, a apporté aux policiers de la Brigade centrale de lutte contre la corruption une série de documents « relatifs au contrat »en particulier des contrats d’intermédiaires signés, des pièces comptables et des agendas «  Avec l’accord de ma hiérarchie et l’approbation des avocats » a-t-il soulignéCes éléments montrent comment, au sein du gouvernement Balladur, Renaud Donnedieu de Vabres, à l’époque membre du cabinet du ministre de la Défense François Léotard, a bel et bien imposé à Emmanuel Aris un intermédiaire libanais, Ziad Takieddine, représentant la société Mercor. ».

De son côté le tome II du rapport de la mission d’information parlementaire note : Printemps 1994 irruption du réseau K de MM. Takieddine et El Assir dans la négociation. Puis, Eté 1994 accord sur 4% de FCE supplémentaires transitant par le réseau K.

 http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i2514-tI.asp,

 http://www.assemblee-nationale.fr/1...

 A propos de députés et de Takieddine, Libération rapporte : « Des ténors de l’UMP confiaient qu’ils entretenaient des relations cordiales avec lui ; tel Jean-François Copé, qui a séjourné dans la villa de vacances de Ziad Takieddine durant l’été 2005.  » A l’époque M. Copé était Ministre délégué au budget. 

Le 6 octobre 2010 dans son ordonnance de recevabilité de la constitution de parties civiles dans l’affaire Karachi le Juge Van Ruymbeke écrit :

« L’enquête préliminaire confirme l’existence des commissions dénoncées par le rapport nautilus. Les commissions sont ainsi confirmées par les témoignages concordants du directeur financier (M. Menayas) et du secrétaire général (M. Aris) en fonction à l’époque et ayant la mainmise sur le versement des commissions

Monsieur Menayas, directeur financier de la DCNI, a ainsi déclaré que le marché Agosta n’avait pu être obtenu que par l’engagement pris de verser des commissions représentant 10, 25 % du montant des contrats :

premier réseau : 6,25% versés via la SOFMA (M.Lohdi) ;

second réseau : 4% sollicités par M.Takieddine (associé à M. El Assir)

La DCNS a adressé aux enquêteurs les ordres de virement relatifs aux commissions directement prises en charge par elle et destinées au second réseau. Ils s’élèvent à 25.659.975,00 € en 1995 et 3.811.514,00 € en 1996. » Paiement inusuel, à en croire M. Menayas, puisque le 1er sous-marin n’était pas encore en chantier lors des très importants premiers virements.  

29,47 millions € représentant 89,20% de la commission convenue soit 3,57 % de 826 millions € ont été versés en 1995 et 1996. Il manquerait ainsi 0,43% des 4% prévus, 3,57 millions € resteraient dus. Or, selon le mémorandum de 17 pages remis en avril 2008 aux juges Desset et Hullin par M. Menayas : « Le nouveau premier ministre (Alain Juppé) exigera que l’on arrête le paiement des sommes restant dues à Monsieur Takieddine (environ 60 Millions de franc. 9,1 millions €) et que les services de la Défense fassent pression sur lui pour qu’il accepte la destruction du contrat signé avec lui » Le Juge poursuit dans son ordonnance : «  Selon M. Menayas l’original du contrat n’a pas été détruit. »

 Ou le versement de 1996 concerne une autre affaire ou le second versement effectué en 1996 doit être imputé au contrat Agosta dont la livraison, loin d’être achevée, n’est pas réglée par le client. Apparemment quelque chose cloche, sur le plan comptable. L’arrêt de la Cour de discipline budgétaire et financière confirmant que le contrat a été établi en francs, pas même une variation de devise, n’explique la différence de 5,53 millions € avec la somme de 9,1 millions € évoquée par M. Menayas. La commission prévue était-elle de 4,7% ou la mémoire de M. Menayas, directeur financier, l’égare-t-elle ? D’autant que le versement du 1er tiers prévu à la signature du contrat et donc le 21 septembre 1994, selon le calendrier fourni par M. Menayas, n’apparaît pas. La somme des virements pris en compte par le Juge Van Ruymbeke dans son ordonnance et celle de 1995 et de 1996 pas de 1994. L’état paie-t-il à 90 jours fin de mois ?

Dans les deux cas, preuves à l’appui, l’enquête du Juge contredit la thèse de moralisation des ventes d’armes défendue par Me Jean Veil avocat de Jacques Chirac et les déclarations du Ministre Charles Millon dans cette affaire. En effet, peu de temps après son entrée en fonction (mai 1995), ce ministre aurait demandé à Monsieur Mazens et Monsieur Castellan d’interrompre les versements destinés au second réseau connu sous l’initial c’est-à-dire à Mercor Finance.

D’autant que, si l’enquête du Juge ne concerne que l’attentat de Karachi et le contrat Agosta, il apparaît qu’un autre contrat a été signé avec l’Arabie saoudite et que, là aussi, Mercor Finance était de la partie. Cette fois-ci, Mercor intervenait pour 8% du montant de 19 milliards de francs (2,90 milliards €) soit 232millions €. Lesquels n’étaient pas à régler selon le principe 85% à la signature payable en 3 fois. A ce sujet, la Sofresa de Michel Mazens fit appel à Mr Bauer, dirigeant de la société Control Risk Management, une connaissance de M. Chirac. M. Bauer réussit à convaincre M. Takieddine de renoncer aux commissions destinées à Mercor dans l’affaire Sawari II. Selon lui, cette intervention lui coûta un client : « Cette affaire m’a valu beaucoup d’ennuis. À son arrivée au pouvoir, M. Nicolas Sarkozy a convoqué M. Arnaud Lagardère pour qu’il cesse de travailler avec moi. J’avais un contrat de 1 million d’euros pour des missions de sécurité chez Matra » 

Dans une récente déclaration, Alain Juppé, le nouveau ministre de la Défense, Premier Ministre en 1995, répond au sujet des écoutes de la DGSE dont fait mention Charles Millon dans sa déposition au juge. Il affirme avoir été informé de la démarche du Président de la République auprès du ministre de la Défense Millon par Jacques Chirac lui-même. L’affaire a été réglée sans son intervention. C’est-à-dire, selon la déclaration de Michel Mazens au juge, après que Monsieur de Villepin lui eut donné et, par son intermédiaire, à M. Castellan, instruction de suspendre le paiement des commissions Agosta et Sawari II.

Dans le rapport de la mission d’information parlementaire sur l’attentat de Karachi l’époque de cette suspension est incertaine, elle est indiquée entre fin 1995 et début 1996. Elle fut appliquée en mars 1996 selon Michel Mazens : voici qui contredit le mémorandum de Menayas.

Quant à Alain Juppé, l’ex- ministre des Affaires étrangères de Balladur qui a participé aux réunions interministérielles concernant le contrat Agosta, devenu Premier Ministre en mai 1995, il n’a donné aucune instruction à la DGSE d’écouter qui que ce soit afin de renseigner Millon.

C’est sûr ! Quelqu’un ne dit pas tout dans cette histoire.

Emile Wolf

Source :Agoravox

Publié dans Politique

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