L’énorme erreur d’Israël

Publié le par le desobeissant

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Ce qui s’est passé au large de Gaza est à la fois un drame, un symbole et un signe d’une tendance nouvelle dans la double évolution de la stratégie israélienne conduite par Tsahal et de l’opinion mondiale face à l’Etat d’Israël et la question palestinienne.

Par quoi commencer ? Dix, quinze morts ? Personne ne dispose d’information précise et pour cause, l’armée israélienne impose depuis quelques années un contrôle strict des images et informations. Israël mène un combat pour éviter que son image ne s’effondre dans l’opinion internationale et notamment l’appréciation de ses soutiens historiques, Etats-Unis et France notamment. Depuis quelques années, la politique de l’Etat-major israélien fait l’objet de critiques, à la fois par ses actions jugées à travers l’opinion internationale, et ses stratégies critiquées par une population israélienne très divisée. Les généraux ont pris le risque d’un incident « regrettable » qui était prévisible.

Les amis d’Israël peuvent bien faire valoir que les humanitaires peuvent très bien passer par la voie terrestre après un filtrage tactique, n’empêche que la situation à Gaza est comparable à celle d’un camp « fermé » (par pudeur, je n’emploierai pas un autre mot plus connoté) et qu’aucun pays n’accepterait qu’on lui refuse l’accès à ses eaux territoriales. Le but de cette flottille humanitaire était donc aussi d’ordre géopolitique, visant à briser un blocus contraire aux lois internationales dont du reste Israël se contrefout, au nom de la sacralité de sa sécurité qui place ses actions au-dessus du droit des nations. Est-ce légitime à défaut d’être légal ? Mon propos ne portera nul jugement de valeur ni ne désignera des bons et des méchants. Il s’agit pour l’instant d’analyser un événement dont on ne peut prévoir les conséquences mais une chose est certaine, la presse réagit et ce matin, déjà plus de 600 dépêches et billets répertoriés sur Google actualité. Alors que du côté diplomatie, ça s’agite ferme et nombre d’ambassadeurs israéliens ont été convoqués.

Sur le plan géopolitique, cet événement est emblématique car il signe la marque d’une Turquie décidée à jouer un rôle plus que local, lui rappelant la splendeur du temps où elle était le centre d’un empire. La flottille est partie d’un port en Turquie. C’est un signe, comme du reste quelques changements dans la diplomatie turque qu’on voit s’infléchir de plus en plus pour peser dans le dossier palestinien. La Turquie n’est plus vraiment l’ami d’Israël qu’elle fut depuis des décennies. Sans doute, le récent bombardement de Gaza a marqué en profondeur les alliances, les sympathies et ce n’est pas un secret que de dire qu’Israël a mis en danger non pas son territoire mais son image qui ne cesse de s’effriter au point qu’une brochette d’intellectuels français de confession juive se sont offerts une tribune pour mettre en garde les dirigeants israéliens sur cet effondrement de leur image, alors que les juifs américains sont de plus en plus nombreux à pratiquer une défiance vis-à-vis d’Israël. Ajoutons à cela la récente affaire de Dubaï avec l’assassinant d’un dignitaire palestinien par des agents très spéciaux.

Cette attaque aura des conséquences importantes, notamment par son côté symbolique. Ce sont des civils et des navires humanitaires qui ont été attaqués dans les eaux internationales, au mépris des conventions. Pas besoin d’être sortie de l’X pour interpréter cet acte comme un fait de guerre. Et de plus, noter que cet acte de guerre, en plus d’être assorti de crimes de guerre, a été perpétré contre la communauté internationale, avec des membres de différents pays dont la Turquie et la France. L’image s’est renversée. On n’est plus dans l’époque où l’Etat d’Israël pouvait légitimement revendiquer une défense contre des Palestiniens venant se faire sauter sur le territoire israélien et donc, passant à juste titre contre des terroristes. Cela dit, si une accalmie se précise en Cisjordanie, rien n’autorise les activistes du Hamas à lancer des roquettes sur le territoire israélien. Mais dans cette flottille, il n’y avait pas de roquettes… a moins qu’inspirés par l’affaire des Irlandais de Vincennes, un improbable capitaine du Mossad ne place dans l’un des navires quelque objet suspect pour le montrer aux caméras…

On peut se demander comment les autorités israéliennes ont pris le risque d’attaquer cette flottille au risque d’isoler de plus en plus Israël et ce au moment où de maigres lueurs de négociations avec Abbas se dessinaient. A vue de nez, il semble bien en Israël que certains ne veulent pas la paix, ne veulent pas d’un Etat palestinien, alors que le Hamas continue à troubler le jeu diplomatique. Bref, ce n’est pas demain que la paix reviendra. Quant au déroulement de cet incident et la violence de cette attaque, on pourra établir un rapprochement avec un article du Ha’aretz faisant état d’une nouvelle composition de l’armée israélienne. 2 % étaient des « religieux » en 1990. Ils sont 30 % en 2010. Je ne conclus pas, laissant BHL disserter sur ce qu’il considère comme l’armée la plus éthique du monde.

Il n’y a pas de méchants ni de bons, pas plus qu’il n’y a l’axe du mal et celui du bien. Mais une chose est certaine, il y a des morts et des blessés et ce sont des civils. Un seul mot de conclusion, la civilisation se délite et comme bien souvent, ce processus associe un détachement vis-à-vis de la Loi et un délitement de l’autorité militaire et politique. Ce verdict ne visant pas forcément Israël mais aussi d’autres lieux sur cette planète

Source :Agoravox

Publié dans International

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