L’impossible résolution du conflit palestinien

Publié le par le desobeissant

Depuis quelques jours, de nouveaux pourparlers ont été engagés entre Israël et l’autorité palestinienne afin d’enclencher un nouveau processus de paix dans la région. Mais, pour différentes raisons qui étaient celles que l’on pouvait isoler dans les années 90 et qui perdurent malgré les lourdes conséquences que cela a pu avoir (seconde intifada, guerre au Liban et à Gaza) ce processus semble condamner à échouer.

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I/ Retour dans les années 1990

L’idée d’établir des contacts entre l’organisation de libération de la Palestine (OLP) et Israël remonte à la première intifada. Les accords d’Oslo conclus en 1993 avaient suscité beaucoup d’espoir mais ont échoué. En relisant les termes de l’accord, je ne peux être que très surpris par l’engouement de la communauté internationale pour un texte qui conférait aux Palestiniens une souveraineté nationale encore plus limitée que celle qu’Hitler avait accordé à la France en 1940. Il n’est pas surprenant de voir que Yasser Arafat, lui qui espérait être le de Gaulle palestinien, s’est peu à peu mué en Pétain palestinien jusqu’à sa mort suspecte en 2004. Ce qui était encore plus surprenant, ce fut la réaction de la droite et l’extrême-droite israélienne. Alors qu’elle aurait dû accueillir cet accord comme une victoire (en fin de compte les Palestiniens étaient plus ou moins incités à abandonner la question des réfugiés, à ne pas avoir d’armée et à laisser en état les colonies juives à l’intérieur des frontières de 1967), elle s’évertua à comparer Yitzhak Rabin à Hitler ; pire en novembre 1995, un étudiant d’extrême-droite assassina le premier ministre israélien, ce qui affaiblit davantage le processus d’autant plus que le Hamas (dont la création fut facilitée en sous-main par le Mossad qui espérait affaiblir le Fatah durant la première intifada) commettaient des attentats sanglants contre des civils que l’opinion israélienne ne pouvait supporter. Il y eut bien jusqu’en 2000 des reprises de négociations entre les deux parties mais chaque fois cela échouait en raison du tracé des frontières et des colonies, sur le sort des réfugiés ou celui de Jérusalem.

II/ A propos du maître de cérémonie américain

Les discussions de paix seront à nouveau animées par les USA et par Barack Obama qui semblait pendant la campagne montrer plus de bonnes volontés que G.W.Bush et ses conseillers néo-conservateurs qui s’alignaient sur les positions israéliennes et niaient les revendications palestiniennes. Barack Obama a réussi à obtenir le gel des colonies jusqu’à la fin septembre mais le gouvernement israélien ne semble pas prêt à prolonger ce gel d’autant plus que les colons israéliens ont récemment transgressé l’arrêt des constructions en territoires palestiniens.

Néanmoins, on peut douter de l’impartialité des Etats-Unis : depuis 1956 et la crise de Suez, la première puissance mondiale est devenue le grand protecteur de l’Etat juif qui lui fournit chaque année pour plusieurs milliards de dollars de matériel militaire, qui oppose son droit de véto quand le conseil de sécurité veut voter une résolution contre Israël (néanmoins, Israël est l’un des pays contre lequel a été voté le plus de résolutions, ce qui aurait fait de certains des états voyous pour les USA). Cette alliance n’est rendue possible que par l’activisme effréné des lobbys juifs, tel l’AIPAC, au congrès américain ou à la Maison Blanche.

Ainsi se pose la question de la légitimité des Etats-Unis quant à mener à bien ces pourparlers et à juger avec le plus grand sérieux et la plus grande sévérité la situation qui prédomine dans cette région. Voudrait-on que la justice fût rendue par un juge qui aurait des liens étroits avec la partie adverse ? Un juge qui enterrerait les rapports les plus accablants (comme le rapport Goldstone) ?

III/ La légitimité des interlocuteurs palestiniens en question  

L’autorité palestinienne n’a plus la légitimité qu’il avait quinze ans auparavant. En cause, une corruption endémique et son incapacité à faire entendre diplomatiquement ses vues sur le conflit qui dure depuis plus de soixante ans. N’oublions pas qu’en 2006, le Fatah avait perdu des élections législatives dont le déroulement fut exemplaire. Un gouvernement d’union nationale composé du Hamas et du Fatah et de personnalités publiques avait été formé jusqu’ à la scission de 2007 qui a entraîné la prise de pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza et le maintien du Fatah en Cisjordanie. Depuis, tandis que la Cisjordanie semble connaître une embellie économique et un certain calme, Gaza subit un embargo qui l’empêche d’accéder à certains produits de nécessité et a même été confronté à l’armée israélienne qui en janvier 2009 a lancé une attaque qui a fait plus de mille morts dont de nombreux enfants.

En cas d’accord, il est fort à parier que le Hamas et par conséquent une bonne partie du peuple palestinien pourrait rejeter l’accord surtout si les concessions israéliennes escomptées sont aussi faibles que celles obtenues à Oslo. Cela pourrait passer par une série d’attentats du Hamas qui serait suivie d’une riposte meurtrière et sanglante de Tsahal. La voie référendaire pourrait apaiser les tensions et amener le Hamas à moins d’intransigeance. Cette solution nécessite toutefois une implication au moins indirecte du Hamas dans le processus donc au minimum une reprise de contacts entre le Hamas et le Fatah.

La gestion du dossier Hamas par la communauté internationale et plus particulièrement de l’Occident a été désastreuse se campant sur les positions israéliennes et incapables de prendre au rebond les petits pas en avant du Hamas comme par exemple de faire une trêve des armes de dix ans. Pour autant, on a pu noter ces dernières années un changement du Hamas se présentant moins comme islamiste et plus comme un mouvement nationaliste.

IV/ Est-ce qu’Israël doit être un état strictement juif ?

Le conflit israélo-palestinien interroge l’identité profonde d’Israël. On constate ces dernières années un glissement des électeurs israéliens vers la droite et l’extrême-droite qui promeuvent une conception racialiste de l’état israélien. À terme, la résolution du conflit israélo-palestinien passe par une séparation des deux peuples et pour eux, il est acquis qu’alors les Arabes israéliens, qui représentent environ 20 % de la population israélienne, devront alors abandonner leur citoyenneté israélienne au profit de la Palestine. Constatons également que pour une large part de la droite et de l’extrême-droite israélienne, l’état palestinien est en Jordanie et qu’en ce sens la résolution du conflit ne peut être qu’un aboutissement d’un long et méticuleux nettoyage ethnique qui ne dit pas son nom. La construction du mur entre la Palestine et Israël, que le CPI considère comme illégal, a vu la confiscation des terres de nombreux Palestiniens, étant donné que ce mur empiète dans les territoires palestiniens.

D’autres, au contraire, considèrent qu’Israël peut compter une minorité non juive et que cela n’est pas en opposition avec l’idéologie sioniste. Dans ce cas là, une natalité juive robuste et l’immigration de la diaspora juive doivent selon permettre de ne pas dénaturer le rapport de force. La diaspora juive qui a récemment immigré provient essentiellement de l’ancien bloc de l’Est et pour certains ne sont pas juifs au sens de la Torah ou du Talmud. Certains se sont distingués par des profanations nazies, d’autre par leur extrémisme envers les Palestiniens. Enfin, les inimitiés entre Ashkénazes (Est de l’Europe) et Séfarades (Bassin méditerranéen) persistent comme par exemple le refus de certains parents ashkénazes de scolariser leurs enfants dans les mêmes écoles que les enfants séfarades.

Tous ces éléments nourrissent un contexte où les religieux progressent dans la société israélienne, où il y a des femmes qui sont agressées car on considère qu’elles sont de mauvaise vie, où les religieux sont de plus en plus présents dans l’armée israélienne. Israël semble s’éloigner de la laïcité pour se diriger vers un état théocratique où la démocratie ne pourrait vivre qu’entre juifs uniquement et ayant une idée des frontières naturelles d’Israël qui ne correspondent pas à la résolution 242, ce qui nous éloigne d’une paix juste et négociée.

V/ Le Liban et la Syrie exclus des négociations

La résolution du conflit israélo-palestinien n’est jamais vu d’un point de vue global et on ignore deux grands problèmes qui sont intimement liés au conflit : les réfugiés palestiniens au Liban et le plateau du Golan, territoire syrien occupé par Israël depuis 1967.

Il y a des grandes chances que les Palestiniens doivent renoncer en grande partie au retour des réfugiés palestiniens, tout simplement car cela impliquerait de fortes migrations que la Palestine ne pourrait pas supporter et que deux voire trois générations n’ont connu que les camps dans lesquels ils sont réfugiés et donc le pays d’accueil et qu’en fin de compte la Palestine n’est plus qu’une chimère. Comprenons alors qu’il faudrait donner aux réfugiés du Liban la nationalité libanaise. Or, la poudrière libanaise est telle que donner la nationalité palestinienne à 400 000 réfugiés, soit 10 % de la population libanaise actuelle impliquerait des changements profonds du Liban tel le fonctionnement des institutions où les dirigeants sont désignés notamment selon des critères de communauté. Le problème du Golan est très important si l’on considère que ce qui est en jeu est l’approvisionnement en eau des pays de la région. Cette denrée est rare et elle mérite une concertation régionale qui permettrait plus de justice pour une répartition plus équitable de cette ressource.

Conclusion

C’est pour toutes les raisons évoquées et parce que les diplomates n’ont pas retenu les leçons du passé (du processus de paix dans les années 90) que les pourparlers ne devraient pas aboutir à la paix. Il est très probable qu’Israël prenne pour prétexte une action du Hamas pour décider de ne pas respecter une hypothétique résolution prise lors de ces pourparlers. Le combat palestinien pour son indépendance est peut-être victime de l’existence de l’autorité palestinienne, autorité qui a quelques pouvoirs régaliens et ne peut donc se comporter totalement comme un mouvement de résistance. Une dissolution de l’autorité palestinienne rendrait les choses plus claires et ferait comprendre à la communauté internationale que ce conflit est un conflit de décolonisation et obligerait Israël à reconsidérer son rapport à des territoires occupés depuis plus de quarante ans (un record dans l’histoire contemporaine). Le Hamas n’est pas encore prêt à assumer un dialogue de paix et ne bénéficie pas des encouragements de la communauté internationale pour aller dans ce sens. Israël se comporte comme un enfant gâté auquel la communauté ne peut rien refuser. Parfois, cette dernière tente de réaffirmer son autorité mais en vain. Enfin, l’absence de la Syrie et du Liban empêche d’avoir une vision globale du conflit, nécessaire pour ne pas avoir des laissés pour compte qui se sentiront obligés de continuer la guerre.

Source :Agoravox

 

Publié dans International

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