Régler définitivement le problème des retraites : c’est possible

Publié le par le desobeissant

La situation actuelle :

medium retraite[1]

Elle est connue. De moins en moins d’actifs, pyramide des âges dans les pays riches modifiée par une espérance de vie plus longue, taux de natalité en baisse, allongement de la durée des études, etc.

Un problème mal posé : Tout le monde dit que face à cette situation, en gros il n’y aurait que deux grandes réponses de principes :

Ou bien, renoncer à la répartition et introduire de la capitalisation partielle ou totale, on ajoute le fameux "comme dans certains pays".

Mais on crie haut et fort que "les français étant à juste titre attachés à la répartition, on n’y touchera pas !"...On incitera les citoyens, contribuables, travailleurs à souscrire volontairement à des fonds de pensions, favorisant ainsi, une fois de plus les français les plus aisés, qui, par définition n’ont PAS de problème de revenu en général et de retraite en particulier.

Ou bien conserver le système de la répartition et là on nous dit qu’il n’y a pas de recette miracle, il n’y aurait que trois solutions :

 a) Augmenter le montant des cotisations : mais "qui le voudrait ?", et puis "nous sommes déjà le pays où les charges sociales sont les plus lourdes !...", et encore "notre compétitivité en souffrirait !".... 

 b) Réduire le montant des retraites : insupportable, la majorité des citoyens considère déjà que leur retraite leur permet tout juste de survivre (un peu plus de 1400 €/mois en moyenne avec d’énormes disparités).

 c) Dernière solution, celle qui semble incontournable, à droite comme à gauche ou au centre : allonger la durée du travail (on se rallie au "travailler plus pour gagner plus" fondement du Sarkosisme, principe intangible et immuable qui s’applique à tous, sauf ...aux riches !), donc reculer l’âge de départ à la retraite !...Et nous sommes au cœur du débat ! Qui sont les imbéciles inconscients qui ont, sans discernement abaissé l’âge légal de la retraite à 60 ans ! Aussi idiot et insensé que la semaine des 35 heures. Alors tout est dit, de 37 ans, les cotisations sont passées à 40, demain à 42, puis 45, puis 50...puisque la durée de vie augmente (pour les plus riches !). Voilà, la solution : allonger la durée du travail pour induire un allongement de la durée de cotisation ... On sent bien qu’il y a des contradictions, un peu d’injustice, mais...que faire ? 

Les contradictions et les injustices :

Est il logique, cohérent, applicable d’augmenter la durée légale du travail dans des pays où le chômage atteint ou dépasse les 10 % de personnes en âge de travailler, touchant particulièrement les jeunes ; où les entreprises "remercient" les plus âgés qui leurs coûtent plus cher et les incitent à partir avant 60 ans ?

Est-il juste que des personnes exerçant des métiers pénibles soient amenées à travailler jusqu’à leur mort alors même que presque tous les métiers (à part le "métier" d’actionnaire, de rentier et d’héritier) ont vu leur pénibilité globale augmenter avec les exigences croissantes de productivité, de profit, d’objectifs « toujours plus», entraînant surmenage, stress, dépression pouvant aller jusqu’au suicide...Alors, "on étudiera des exceptions !..."

La clé du problème : dissocier durée du travail et durée de cotisation et remettre les données du problème dans un ordre plus logique et plus juste, mais d’abord combattre certains préjugés.

Exemples :

Pour cotiser il faut "travailler" :

FAUX, les chômeurs cotisent et pourtant ils sont sans emploi.

Seuls les actifs produisent de la valeur permettant de financer les retraites :

FAUX, chacun voit bien autour de lui que cette notion comptable de création de richesse est toute relative : certains ont un emploi rémunéré et ne produisent aucune richesse visible, d’autres à l’opposé sont bénévoles, non rémunérés et produisent pourtant de la valeur économique incontestable. Pour ce qui est des retraites l’important c’est la capacité des individus à consommer (donc soutenir la production, donc favoriser la création de richesse) en utilisant l’épargne accumulé dans la période active de la vie.

Les retraites sont proportionnelles à la durée du travail et au montant des revenus :

FAUX, disparité entre le public et le privé, entre les différents régimes de retraite, parfois même au sein d’un même régime spécial (ex ; SNCF entre "roulants et non roulants").

Le système de retraites par répartition est un régime solidaire entre générations, entre salariés, entre patronat et salariés :

FAUX, mais c’est vrai que ce devrait être le cas et qu’il ne devrait y avoir AUCUN régime spécial.

D’autre part puisque, par définition on ne cotise pas pour soi mais pour les retraités présents et à venir, tout le monde devrait cotiser sans exception et indépendamment de sa situation présente : il y a une "caisse de retraite unique" à remplir pour en distribuer le montant à tous (certains, à juste titre voudraient l’étendre aux mères de famille) dans la plus grande équité. Cette caisse unique, tout citoyen disposant d’un revenu (d’où qu’il provienne) devrait contribuer à la remplir, ce qui n’est évidemment pas le cas aujourd’hui.

Dissocier durée du travail et durée de cotisation cela veut dire pratiquement faire cotiser tous ceux qui ont un revenu (et pas seulement un salaire) qu’ils soient ou non actifs en proportion de leurs revenus notamment :

Tous ceux qui ont un emploi et perçoivent des revenus de cet emploi quel qu’en soit la forme (salaire, honoraire, bonification, revenu du commerce, de l’artisanat, de l’industrie, rentes, loyers versés, dividendes, indemnités, etc.)

Les actionnaires, rentiers, membres de conseils d’administration (bref ceux qui "travaillent moins pour gagner plus" et qui n’auraient d’ailleurs aucun problème à voir cette situation se prolonger jusqu’à la fin de leurs jours).

Les retraités eux-mêmes, jusqu’à la fin de leur vie, mais l’élargissement de l’assiette, l’augmentation de la durée de vie donc des cotisations globales ne devrait pas affecter le niveau de leur retraite nette (le seul qui compte pour eux), voire même permettre de l’améliorer par une répartition plus équitable d’un gâteau redéfini.

Les conséquences concrètes d’une telle réforme :

La solution est définitive puisqu’elle fait de la pyramide des âges une alliée et non plus un obstacle : plus la durée de vie augmente, plus la durée de cotisation, donc leur montant global augmente.

La solution est équitable et retrouve toute les vertus d’une répartition juste et solidaire.

La solution est souple et libertaire, elle permet à chacun de prendre sa retraite quand bon lui semble sans nécessité d’établir une durée légale rigide du travail : le montant de la retraite resterait bien sûr proportionnel à la durée du travail via le revenu du travail, mais plus à celle des cotisations puisqu’elles sont payables à vie.

Celui qui veut travailler jusqu’à sa mort est libre de le faire sous réserve d’un accord avec celui qui l’emploie (s’il a un employeur).

Celui qui préfère le temps libre à l’argent pourrait prendre sa retraite quand il le veut en toute connaissance des conséquences sur ses revenus à venir.

Que faut-il pour mettre en œuvre une telle réforme ?

Une seule chose : du courage politique, encore du courage, toujours du courage  pour briser des tabous, des privilèges et des idées reçues sur un sujet ultrasensible.

Mais est-il vraiment plus difficile de présenter une solution globale, définitive et équitable, en une seule fois, que de prendre des demi-mesures, de rogner chaque fois davantage des droits considérés comme acquis, en sachant que le problème tel qu’il est posé ne sera jamais résolu.

Comme les gouvernements successifs l’ont fait : départ à la retraite à 60, puis 62, 65, 67, 75, pourquoi pas 90 ans !

Seul les riches, inactifs de fait, se satisferont de ces "réformettes" à répétition.

                                                                                             

                                                                                                   Pierre JULLIAND

 

Source :Agoravox

 

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